
Longues heures de travail et accidents vasculaires cérébraux : quels mécanismes ?
- Accueil
- Nos actualités
- Longues heures de travail et accidents vasculaires cérébraux : quels mécanismes ?
Les données de Constances suggèrent que les mécanismes expliquant le lien entre exposition aux longues heures de travail et accident vasculaire cérébral diffèrent selon le type d’AVC, c’est-dire s’il est ischémique (caillot) ou hémorragique. Ces résultats sont en ligne depuis le 31 janvier 2025 sur le site de la revue scientifique Journal of Stroke.
Dans une étude publiée en 2021, l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation mondiale du travail ont établi que l’exposition aux longues heures de travail augmentait de 1,35 fois le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC). L’étude a aussi déterminé que le nombre annuel de décès par AVC liés à de longues heures de travail avait augmenté de 19 % entre 2000 et 2016, s’établissant à près de 400 000 décès/an, ce qui fait des longues heures de travail la 1re cause de décès d’origine professionnelle dans le monde.
A partir des données de Constances, une équipe de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail d’Angers (Irset) s’est penchée sur les mécanismes derrière ce lien entre longues heures de travail et AVC, en distinguant les 2 types d’AVC connus à savoir les AVC ischémiques et hémorragiques. Alors que les AVC ischémiques sont liés à un caillot sanguin bouchant un vaisseau dans le cerveau (mécanisme proche de l’infarctus du myocarde), les AVC hémorragiques résultent, eux, d’une artère saignant dans le cerveau.

Une étude intégrant 175 000 volontaires de Constances
En 2023, l’équipe de l’Irset avait établi, à partir des données de la cohorte, que seuls les AVC hémorragiques étaient significativement associés à de longues heures de travail, une fois les nombreux facteurs cardiovasculaires (âge, tabagisme, hypertension, diabète…) pris en compte. Elle a poursuivi son investigation en utilisant des approches statistiques complémentaires afin de déterminer les mécanismes spécifiques de ces 2 types d’AVC.
Pour cela, elle s’est penchée sur les données de 175 000 volontaires inclus entre 2012 et 2022. Parmi eux, 463 ont présenté un AVC ischémique postérieurement à leur intégration dans la cohorte et 183 un AVC hémorragique. « On retrouve un résultat connu, à savoir que la majorité des AVC sont ischémiques » indique le docteur Marc Fadel, chef de clinique au CHU d’Angers qui a mené les analyses dans le cadre de son doctorat sous la supervision d’Alexis Descatha, professeur de médecine du travail et chercheur à l’Irset.
L’exposition à de longues heures de travail a été appréciée via les réponses des volontaires à la question « Avez-vous (ou avez-vous eu) un temps de travail journalier (hors temps de trajet) supérieur à 10 heures au moins 50 jours par an ? » du questionnaire Expositions professionnelles.
Dans l’ensemble, 27 % des hommes et 14 % des femmes de l’étude ont indiqué avoir été exposés à de longues heures de travail professionnel durant plus de 5 ans.
A la recherche des mécanismes
Pour les hommes, les méthodes statistiques utilisées, appelées analyses statistiques de médiation, ont permis de suggérer des mécanismes différents pour les AVC ischémiques et les AVC hémorragiques.
Pour les AVC ischémiques, ces nouvelles analyses confirment les précédents résultats. Les longues heures de travail auraient un effet majoritairement indirect (à 70 %) sur les AVC ischémiques via les facteurs cardiovasculaires tels que l’hypertension, l’indice de masse corporelle (IMC), le diabète ou bien le tabagisme. Les longues heures de travail auraient ainsi un effet direct à 30 %. « Cela s’explique par le fait que les personnes qui travaillent beaucoup, fument souvent davantage, sont plus sédentaires, ce qui augmente les risques d’AVC ischémiques » explique Marc Fadel.

Pour les AVC hémorragiques, c’est l’inverse. Les longues heures auraient un effet direct à 60 % et un effet indirect à 40 %. « Cet effet direct sur les AVC hémorragiques pourrait être lié à des mécanismes liés au stress induisant des états favorisant des réactions inflammatoires locales et une hypercoagulabilité sanguine. Mais ce rôle du stress en tant que facteur déclencheur potentiel doit encore être exploré » indique le médecin-chercheur.

En raison du faible nombre de cas d’AVC chez les femmes de Constances (deux fois moins fréquents que chez les hommes), ces analyses n’ont pas été reproduites pour celles-ci et nécessitent des investigations supplémentaires.
« Ces résultats montrent que pour agir sur les risques d’AVC, il faut intervenir non seulement sur les facteurs cardiovasculaires, mais il ne faut pas négliger, non plus, les facteurs organisationnels au travail. Les médecins du travail et les médecins de soins doivent sensibiliser les travailleurs et employeurs et inciter à la mise en place d’actions de prévention » conclut Marc Fadel.
Références bibliographiques
Marc Fadel, Grace Sembajwe, Jian Li, Annette Leclerc, Fernando Pico, Alexis Schnitzler, Eric Richard Fadel, Yves Roquelaure & Alexis Descatha. Direct and Indirect Effects of Prolonged Exposure to Long Working Hours on Risk Stroke Subtypes in the CONSTANCES Cohort. Journal of Stroke. 2025. DOI: https://doi.org/10.5853/jos.2024.02586
Marc Fadel, Grace Sembajwe, Jian Li, Annette Leclerc, Fernando Pico, Alexis Schnitzler, Yves Roquelaure & Alexis Descatha. Association between prolonged exposure to long working hours and stroke subtypes in the CONSTANCES cohort. Occupational & Environmental Medicine. 2023. DOI: 10.1136/oemed-2022-108656